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La Passerelle Mimram et le Jardin des Deux Rives


Un projet symbolique et innovateur de coopération transfrontalière entre les villes de Strasbourg (France) et Kehl (Allemagne).

Dorothée ORJOL

institut européen des itinéraires culturels

Dorothée Orjol

02 June 2006

UN PROJET SYMBOLIQUE à valeur européenne




Il y a quelques années déjà, l'Institut avait participé avec les deux municipalités de Strasbourg en France et Kehl en Allemagne, à un premier projet symbolique : une installation littéraire d'auteurs européens sur le Pont de l'Europe, manifestation à laquelle nous consacrons quelques pages sur notre site.

Les deux municipalités, toujours désireuses de rapprocher leurs populations et de servir de modèle de coopération européenne ont lancé le grand projet du "Jardin des Deux Rives" en 1995, à l'initiative de Michel Krieger.

Il s'agit de l'aménagement d'un espace frontalier d'environ 150 hectares qui deviendra un jardin au centre duquel s'élèvera une Passerelle moderne pour piétons et cyclistes, dans un ensemble harmonieux.

L'appel à Projet du Jardin des Deux Rives (Document Région Alsace) définissait les objectifs du projet comme suit :
"Pour les villes de Kehl et Strasbourg, les rives du Rhin offrent un vaste site sur lequel elles envisagent de réaliser des aménagements durables. Des animations urbaines et touristiques, ainsi que des événements culturels pourront y être organisés.
Il s'agit également d'assurer la transformation équilibrée des séquences de paysage qui se succèdent de part et d'autre du fleuve: zones portuaires et urbaines, secteurs boisés au sud.
Le concours doit permettre l'élaboration d'aménagements ainsi que les outils opérationnels visant à :
* valoriser les rives du Rhin et le Pont de l'Europe comme lieu de rencontre et site privilégié de l'agglomération transfrontalière Strasbourg/Kehl,
* modifier l'identité symbolique du site : de la perception de frontière passer à celle de continuités physiques et culturelles,
* prendre en compte les enjeux d'environnement et de protection de la nature,
* offrir de nouveaux espaces publics".





UN JARDIN ET UNE PASSERELLE



Deux Concours internationaux ont été lancés afin de choisir les architectes qui se chargeraient de la réalisation, d'un côté du Jardin, de l'autre de la Passerelle.

C'est à l'équipe du paysagiste allemand Rüdiger BROSK, basée à Essen et Düsseldorf, qu'a été confiée la création du "Jardin des Deux rives", un vaste parc paysager transfrontalier comprenant 56 hectares divisés par le Rhin, mais qui seront réunis par la création de cet espace public d'un nouveau genre. Le paysagiste a choisi de lui donner une structure circulaire, évoquant l'Europe et de le doter d'escaliers d'eau et de cascades.
Le projet lauréat a pris le nom de "Jardin du Temps", il sera "un exemple unique de création d'un nouveau territoire européen"(www.art-public.com) et aidera à "repenser entièrement le développement urbain et paysager de ce territoire en transformant les anciens glacis frontaliers longeant le Rhin en un "poumon vert" niché à la charnière des deux pays". (Yveline MOEGLEN, La Commission Strasbourg / Kehl, Mars 1999)


Quant à la Passerelle, c'est Marc MIMRAM, architecte parisien qui a déjà à son actif la création de nombreux ponts et passerelles en France, qui en est chargé. Cette Passerelle moderne, véritable ouvrage d'art, exclusivement pour piétons, handicapés et cyclistes, sera composée de deux tabliers qui se rejoindront au centre et formeront une place de détente et un point de vue inédit sur le Rhin.
La Passerelle sera l'élément central du Jardin, un trait d'union moderne entre deux peuples.


Les travaux du Jardin des Deux Rives ont débuté le 4 novembre 2002 côté français alors qu'ils avaient commencé 10 mois auparavant côté allemand, et si le changement de municipalité à Strasbourg a provoqué des inquiétudes côté allemand quant à la continuation du projet, il devrait voir le jour à la période prévue, soit en avril 2004.
En effet, les premières Floralies frontalières auront lieu, si tout se passe bien, du 23 avril au 10 octobre 2004 et verront l'inauguration officielle de ce magnifique projet à la fois symbolique et bien ancré dans la réalité des deux villes et dans la vie quotidienne de leurs habitants.






LA PASSERELLE




UN TRAIT D'UNION ENTRE LES HABITANTS DES DEUX VILLES


L'inauguration de ce nouvel espace d'amitié des peuples et de coopération européenne donnera donc lieu à un Festival de l'art du paysage, déjà très attendu par les populations.

En effet, l'implication des habitants dans le projet est importante.
Un groupe de citoyens des deux villes a d'ailleurs créé une association du nom de "Garten Jardin" qui milite pour la réalisation concrète du projet et organise des conférences au sujet du projet :"C'est un projet commun et fraternel confortant Kehl et Strasbourg dans leur rôle Rhénan et affirmant la position européenne de l'Eurorégion Alsace/Pays de Bade.
Il est rentable en terme touristique, écologique, ainsi que pour l'image de Strasbourg et Kehl comme vecteurs innovants.
Il est dans le droit fil de la tradition Humaniste qui a fait la richesse de nos régions, de Strasbourg et de Kehl.
Il est innovant et permet d'accentuer les coopérations privées ou associatives en favorisant l'intérêt réciproque.
Enfin il participe au développement des quartiers du Port du Rhin."

Ce pont jeté entre deux rives et entre deux peuples, qui sont longtemps restés ennemis, ce jardin lieu de détente et de plaisirs partagé, a bien sûr une lourde charge émotionnelle et symbolique.

"Une nouvelle page de l?histoire franco-allemande s?y écrit peut-être. "Traditionnellement, les habitants de ma ville avaient l?habitude de dire : Kehl est au bord du Rhin, Strasbourg au bord de l?Ill", plaisante Günther Petry, maire de Kehl (Le Moniteur du 3 mars 2000). "Le Jardin des Deux-Rives nous offre l?occasion de surmonter l?héritage de la seconde guerre mondiale. Pour la première fois, des citoyens de Kehl discutent avec ceux de Strasbourg des choses qui nous concernent tous. Je suis très fier d?avoir réussi cette première européenne."." (Strasbourg, sous les feux croisés de l?Europe et des quartiers sensibles, Enquête de Pierre Gras, Richard Quincerot et Luc Stéphan, Rencontre Nationale des Agences d'Urbanisme, ère urbaine, aires urbaines : les enjeux de la gouvernance, Strasbourg -26-27-28 septembre 2000)

De frontière-coupure, le Rhin peut devenir un trait d'union.





UN EXEMPLE EUROPEEN DE COOPERATION TRANSFRONTALIERE



La coopération entre Strasbourg et Kehl a vécu un moment important en avril 1998 lors de la décision de mettre en place une Commission transfrontalière sous le nom de "Commission Strasbourg/Kehl", composée d'élus (2x5) et de représentants administratifs des deux municipalités (2x3) et co-présidée par les deux Maires. Sa vocation est l'examen de toute question d'actualité ou de tout projet d'importance concernant les deux rives du Rhin.
Cet organisme mis en place sous l'Accord de Karlsruhe a cependant une structure souple.

"Initialement prévue pour évoquer au plus haut niveau les affaires transfrontalières relevant de la compétence des deux seules Villes de Strasbourg et Kehl, la Commission a vu rapidement - par le biais d'un avenant à la Convention portant création de la Commission - son champ d'activité élargi aux questions de la compétence de la Communauté Urbaine de Strasbourg : urbanisme, transports, déchets ménagers, etc." (Yveline MOEGLEN, La Commission Strasbourg / Kehl Mars 1999)

Avec ce projet, les deux municipalités prouvent qu'il est possible de passer d'une coopération institutionnelle à une coopération réelle, de terrain. C'est un nouveau pas dans l'Europe concrète, celle vécue et voulue par les citoyens.
"Le maire de Kehl, Günther Petry, n?a pas manqué de relever que « Strasbourg démontre là que l?esprit européen n?existe pas uniquement dans les salles de réunion de ses institutions, mais qu?elle est prête à le mettre en pratique dans la vie quotidienne. » " (CUS Magazine, Numéro 18 - Février 2002).

Petit clin d'?il pour démontrer que ce projet est européen à bien des égards : les agents du Service des espaces verts de la ville et de la Communauté urbaine de Strasbourg se sont en effet rendus aux Pays-Bas en décembre 2002 afin de sélectionner quelques 600 arbres qui seront plantés dans le Jardin des Deux Rives (Communiqué de la ville de Strasbourg). Le Jardin ne sera pas seulement français et allemand, mais bien européen !


NB : Les photos utilisées nous ont été gracieusement prêtées par Monsieur Michel Krieger





 
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